Odile’s Letter to William…In the Original French

Odile's War Cover

Mon William adoré,

Je ne sais pas si tu liras jamais cette lettre ou même si tu penseras à la chercher ici. Je t’ai écrit bien des fois mais je n’ai jamais trouvé le courage de t’adresser mes missives. Je crains que les lettres ne soient lues par des gens qui ne doivent pas savoir ce que je ressens, quels sont mes rêves et comment nous menions nos vies.

J’avais tant d’espoir et de projets d’une vie en France avec toi mon tendre William; j’avais des visions de nous deux chevauchant nos motos et essayant ensemble, pendant ce qui semblait des heures interminables , de tout faire pour que cela marche entre nous. Cette vie me semble si lointaine comme si elle appartenait à quelqu’un d’autre et n’était pas la nôtre.

Mon très cher William, je ne sais comment te dire ce que je ne peux plus taire, ce qui nous est arrivé à moi et à ma famille au cours de cette dernière année.Tout d’abord les canons de la guerre si prêts de nous, puis cette vision horrible des allemands dans nos villages avec leurs armes, leurs bayonnettes (?) et leurs bombes.

Quand ils sont arrivés pour la première fois en 14, nous nous sommes retrouvés à être la base de défense pour la ville d’Albert. L’armée française s’est battue si vaillamment et les bruits qui nous parvenaient des champs de bataille étaient horribles. Nous avons dû nous échapper une nuit et avions tout d’abord pensé nous réfugier à Albert même mais la ville n’était pas hors des atteintes des canons allemands. Ces brutes de soldats ont occupé nos maisons et nos sentiers adorés qui menent à Contalmaison et Longueval. Il n’y avait rien à faire pour les arrêter.

Les allemands nous ont dit qu’ils allaient nous reloger au nord de Bapaume ou même de Cambrai jusqu’à la fin des combats. Ils pensaient que la France déposerait les armes et que nous pourrions à nouveau vivre en paix.

Mon cher William, tu dois savoir à quel point c’était terrible d’être ici.Tout autour nous n’entendions que le bruit de bottes qui marchent au pas, de chevaux et de charrettes et la menace malfaisante dans la voix des allemands. Les sodats ne semblaient pas nous vouloir du mal mais nous n’en voulions pas dans nos villages. Ils ont pris notre nourriture et toutes nos récoltes et nous avions si peu à manger dans les premiers temps.

Ils ont forcé père à travailler, lui faisant réparer ce qui avait été endommagé pendant les batailles. Il travaille maintenant sur la grosse artillerie et répare les charrettes et les camions. Il déteste absolument ce travail et ne souhaite que du mal aux soldats. A cause de cela, ils le battent et nous ne recevons pas de nourriture. Moi aussi j’aimerais que l’on puisse en être débarassés mais il faut faire contre mauvaise fortune bon coeur.

Oh William, mon amour, mon amour d’outre Manche….je ne pouvais pas vivre avec si peu de nourriture et voir mes parents tant souffrir aux mains des soldats. Je ne souhaite que la paix et être débarassée des allemands mais je ne vois pas de fin proche à cette guerre. On nous a relogé dans un endroit excécrable, pas plus grand qu’un camp dans un champ près de Cambrai. Nous étions avec d’autres familles mais cela ressemblait à une prison. Nous pouvions circuler librement mais nous étions surveillés et nos moindres faits et gestes étaient répertoriés ou du moins c’est ce qu’il me semblait.

Certaines filles ne semblaient pas se soucier de la guerre le moins du monde et flirtaient ouvertement avec les allemands. Elles semblaient pouvoir obtenir plus de nourriture pour leur famille et on leur donnait de nouveaux vêtements; on aurait presque dit des fermières allemandes. Nous, nous étions toujours affamés et père rentrait souvent battu et en sang. Je n’arrivais plus à supporter cela. Alors j’ai décidé que moi aussi je devais me comporter de la sorte afin d’obtenir plus de nourriture pour notre famille.

William, tu dois me croire quand je dis que j’aimerais que tu sois ici avec moi alors que je t’écris ces lignes. Avant de pouvoir me lier d’amitié avec les allemands du camp, j’avais rencontré un jeune allemand qui a le même âge que moi. Lui aussi était dans l’armée mais il avait une certaine douceur dans la voix qui le différenciait de ces brutes qui ont traversé nos villages au pas en 14. Il m’a parlé en français et m’a dit combien il était agréable de rencontrer une belle jeune fille dans la laideur de cette horrible guerre. Il m’a donné de la nourriture pour ma famille; il ne connaissait pas mon père mais cela n’avait pas d’importance puisqu’il était plus gentil et que nous pouvions manger. Je n’avais plus à aller déterrer des légumes pourris dont d’autres familles se débarassaient. Il nous a procuré des laisser-passer et nous pouvions quitter le camp s’il était là avec nous, ce que nous faisions souvent le soir. J’espère vraiment que tu peux comprendre William; mon père était si brave mais si affaibli par les terribles épreuves qu’il avait subies.

Nous sommes bien moins en danger maintenant. Nous pouvons vivre un peu et n’avons plus faim ni ne sommes battus à tout bout de champ. Mon père croit que la nourriture vient du fait qu’il ait promis de ne plus crier et de ne plus maudir les allemands. Maintenant que sa famille est heureuse, il ne ressent plus le besoin de le faire.

J’ai quitté le camp il y a trois jours afin de venir me réfugier chez nous pour rédiger cette lettre. J’espère qu’ils n’ont pas encore remarqué mon absence. La guerre n’a pas encore tout détruit ici et ces villages sont encore bien loin de l’horrible bataille. ils sont vides de gens et si plein d’attirail de guerre. Dans les deux étables ici, dans la cour on trouve des piles de balles et de grenades; cela me donne envie de pleurer car j’ai peur qu’elles ne soient utilisées contre toi et tes amis. La plupart des bâtiments sont utilisés pour stocker cette cargaison.

Les anglais sont à Albert; je me demande si tu as réussi à rejoindre l’armée et si tu es encore en vie. Je ne sais pas. Je veux penser que tu es sain et sauf.

Mais mon cher amour, je dois vivre la vie qui s’offre à moi et non pas celle que j’aurais pu avoir avant la guerre. Tout a tellement changé. Je dois regagner le camp maintenant sinon on s’apercevra de mon absence. Je ne veux pas que ma famille souffre car j’en ai le coeur brisé. Je dois faire tout ce qui est en mon pouvoir et dois être gentille avec le soldat allemand pour que nous puissions survivre.

Mon cher William, mon coeur s’est serré tant de fois pour toi ces dernières années mais il est temps que je me libère de toi car cela me démoralise de te savoir si loin. J’écris cette lettre plus pour me réconforter j’imagine car je ne pense pas que tu puisses un jour la lire. Je ne peux imaginer aucune raison qui t’en donne l’occasion. Je suis tellement désolée que la guerre nous ait à jamais séparés, cela me rend si triste.

Bonne chance mon cher ami. Je t’embrasse et au revoir.

Odile

Août 1915

Martinpuich

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